Au printemps 2016, le Parlement norvégien examine le plan d’action national consacré à la biodiversité. Dans ce cadre, sa commission de l’énergie et de l’environnement demande au gouvernement d’établir des exigences afin que les marchés publics ne participent plus à la déforestation des forêts tropicales.
Selon la Rainforest Foundation Norway, la Norvège devient alors l’un des tout premiers pays — et vraisemblablement le premier — à adopter un tel engagement à l’échelle de ses achats publics. L’organisme parle d’un principe de « zéro déforestation » appliqué à la commande de l’État, et non d’une interdiction générale applicable à toutes les activités économiques.
Concrètement, les administrations doivent prendre en considération l’origine des produits qu’elles achètent et éviter les fournisseurs dont les activités favorisent la destruction permanente des forêts tropicales.
La déforestation tropicale est largement alimentée par l’expansion agricole et la production de matières premières destinées aux marchés internationaux. L’huile de palme, le soja, le bois ainsi que le bœuf, le cuir et d’autres produits issus de l’élevage font partie des filières particulièrement surveillées.
Lorsqu’une forêt est défrichée pour laisser place à des pâturages, à des plantations industrielles ou à des cultures permanentes, les produits qui en résultent peuvent ensuite se retrouver dans des chaînes d’approvisionnement très complexes.
Un acheteur public peut ainsi contribuer indirectement à la déforestation, même lorsque le produit final a été transformé dans un autre pays. L’engagement norvégien vise donc à intégrer des critères environnementaux dans les appels d’offres, renforcer la traçabilité et favoriser les filières dont les risques sont mieux contrôlés.

Contrairement à ce qu’ont affirmé certains titres de presse, la Norvège n’a pas « interdit toute déforestation » en 2016. Elle n’a pas davantage interdit l’exploitation forestière ou l’abattage d’arbres sur son propre territoire.
La sylviculture demeure une activité économique importante dans le pays. La législation norvégienne autorise les coupes, mais impose notamment aux propriétaires d’assurer une régénération satisfaisante de la forêt après l’abattage. Les travaux nécessaires doivent normalement commencer dans les trois années suivant la coupe.
Cette règle met en évidence une autre confusion fréquente : toute coupe d’arbres ne constitue pas automatiquement une déforestation. Dans son sens environnemental, la déforestation désigne généralement la conversion durable d’une forêt vers un autre usage, comme l’agriculture, l’élevage, l’urbanisation ou les infrastructures.
Une forêt exploitée puis régénérée reste, en principe, une forêt. La Norvège possède d’ailleurs une véritable filière forestière et commercialise chaque année plusieurs millions de mètres cubes de bois, parallèlement à des opérations de plantation et de renouvellement.
L’intérêt de la politique adoptée en 2016 réside surtout dans le pouvoir de transformation de la commande publique. L’État, les administrations et les collectivités achètent des quantités importantes de nourriture, de mobilier, de papier, de carburants et de matériaux de construction.
En imposant des critères environnementaux, ils peuvent encourager les entreprises à modifier leurs pratiques. Mais passer d’un engagement politique à une chaîne d’approvisionnement réellement exempte de déforestation reste complexe.
L’origine exacte du soja, de l’huile de palme ou du bois peut être difficile à établir. Une même matière première traverse parfois plusieurs intermédiaires, pays et installations de transformation avant d’atteindre son acheteur final.
Les certifications, les audits et les déclarations des fournisseurs ne suffisent pas toujours à garantir une traçabilité complète. La réussite dépend donc de critères contractuels précis, de mécanismes de contrôle et de conséquences réelles en cas de non-respect.
La Norvège a ensuite renforcé certaines mesures sectorielles. Son Parlement a notamment demandé que les biocarburants à base d’huile de palme ne soient plus utilisés dans les marchés publics, sous réserve des obligations commerciales internationales du pays.
L’engagement de 2016 s’inscrit dans une politique internationale plus vaste. Depuis 2008, l’Initiative internationale de la Norvège pour le climat et les forêts, connue sous le sigle NICFI, finance des programmes destinés à réduire la destruction des forêts tropicales.
Ces fonds soutiennent notamment des gouvernements, des organisations de la société civile, des peuples autochtones et des communautés locales. Ils servent aussi à lutter contre la criminalité forestière, améliorer la surveillance des territoires et développer des modes de production agricole moins destructeurs.
La Norvège a prolongé cette initiative jusqu’en 2035. En 2026, NICFI et l’agence Norad ont annoncé de nouveaux partenariats avec 29 organisations, représentant jusqu’à 500 millions de couronnes norvégiennes par an pendant trois ans.
Cette politique fait du pays l’un des acteurs majeurs du financement international consacré aux forêts tropicales. Elle ne signifie cependant pas que toute la consommation, tous les investissements ou toutes les importations norvégiennes sont automatiquement exempts de déforestation.

La formule selon laquelle la Norvège aurait « interdit toute déforestation » est donc incorrecte. La décision de 2016 concernait principalement les achats et marchés publics ainsi que leurs effets sur les forêts tropicales étrangères.
Cette précision ne rend pas la mesure insignifiante. Elle montre au contraire comment un gouvernement peut agir autrement que par une interdiction territoriale : en utilisant son pouvoir d’achat, ses financements internationaux et son influence diplomatique pour tenter de transformer les pratiques des entreprises.
Le véritable enjeu se situe désormais dans l’application. Une politique « zéro déforestation » ne se mesure pas uniquement à la force de son annonce, mais à la capacité de retracer les produits, contrôler les fournisseurs et écarter effectivement les chaînes d’approvisionnement responsables de la disparition des forêts.
Pour aller plus loin
Sources et références
- Norwegian state commits to zero deforestationRainforest Foundation Norway ↗
- Plan d’action national pour la biodiversitéGouvernement norvégien ↗
- Act relating to forestry — Forestry ActGouvernement norvégien ↗
- Statistiques nationales sur les forêts et la sylvicultureStatistics Norway ↗
- Norway bans palm oil-based biofuel in its public procurementRainforest Foundation Norway ↗
- New partnerships to preserve tropical forestsNorway’s International Climate and Forest Initiative ↗




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