Mortalité maternelle : en 2023, une femme mourait presque toutes les deux minutes

En 2023, environ 260 000 femmes sont mortes dans le monde pendant une grossesse, un accouchement ou dans les semaines qui ont suivi. Cela représente 712 décès par jour, soit presque un toutes les deux minutes. Malgré une amélioration importante depuis le début du siècle, la maternité demeure une épreuve mortelle pour des centaines de milliers de femmes, principalement dans les régions où les soins restent difficiles d’accès.

Femme enceinte assise, tenant délicatement son ventre
Photo d’illustration — Pexels / Image libre de droit.

Ces chiffres ne proviennent pas d’un simple comptage des certificats de décès. Ils constituent des estimations internationales établies conjointement par l’Organisation mondiale de la Santé, l’UNICEF, l’UNFPA, la Banque mondiale et la Division de la population des Nations Unies.

Dans de nombreux pays, les systèmes d’enregistrement sont encore incomplets, ce qui oblige les spécialistes à combiner plusieurs sources et modèles statistiques.

L’OMS définit généralement un décès maternel comme celui d’une femme survenu pendant la grossesse ou dans les 42 jours suivant son interruption, lorsque la cause est liée à la grossesse ou aggravée par celle-ci ou par sa prise en charge. Les accidents et autres causes sans rapport direct avec la grossesse ne sont pas inclus dans cette définition.

Le nombre total de décès ne doit pas être confondu avec le ratio de mortalité maternelle. Ce dernier indique le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes et permet de comparer des pays ou des périodes dont le nombre de naissances diffère fortement.

En 2023, ce ratio mondial était estimé à 197 décès pour 100 000 naissances vivantes. Il reste donc près de trois fois supérieur à la cible internationale fixée pour 2030.

La mortalité maternelle ne se répartit pas uniformément sur la planète. En 2023, environ 92 % des décès sont survenus dans des pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.

L’Afrique subsaharienne concentrait à elle seule près de 70 % des décès maternels mondiaux, soit environ 182 000 vies perdues. L’Asie du Sud en représentait approximativement 17 %, avec près de 43 000 décès.

Ensemble, ces deux régions comptaient ainsi pour environ 87 % du total mondial. Les pays confrontés aux conflits, aux déplacements de population ou à la fragilité de leurs institutions sont particulièrement exposés.

En 2023, 37 États considérés comme fragiles ou touchés par un conflit concentraient 64 % des décès maternels, alors qu’ils ne représentaient qu’une partie de la population mondiale.

Ces écarts ne traduisent pas une fatalité biologique. Ils reflètent surtout des différences dans l’accès aux maternités, aux professionnels qualifiés, aux médicaments, aux produits sanguins, aux moyens de transport et aux interventions chirurgicales d’urgence.

Les hémorragies sévères demeurent la première cause directe de mortalité maternelle dans le monde. Une hémorragie après l’accouchement peut évoluer très rapidement : sans diagnostic précoce, médicaments appropriés, transfusion sanguine ou intervention chirurgicale, l’état d’une patiente peut devenir critique en quelques minutes.

Les troubles hypertensifs de la grossesse, dont la prééclampsie et l’éclampsie, figurent également parmi les principales causes. Ils peuvent provoquer des convulsions, des accidents vasculaires cérébraux et des lésions graves des organes.

Une surveillance régulière de la tension artérielle et un traitement adapté permettent pourtant de réduire fortement ces risques. Les infections, les complications de l’accouchement et les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions sanitaires contribuent aussi à la mortalité.

Une analyse mondiale publiée par l’OMS en 2025 estime par ailleurs que des maladies infectieuses ou chroniques — notamment le paludisme, le VIH, l’anémie et le diabète — sont impliquées dans près de 23 % des décès liés à la grossesse et à l’accouchement.

Une femme peut ainsi mourir d’une maladie préexistante que la grossesse a aggravée, même lorsque la cause immédiate n’est pas strictement obstétricale.

La plupart de ces morts pourraient être prévenues grâce à des interventions médicales déjà connues. Le défi ne réside donc pas uniquement dans la découverte de nouveaux traitements, mais dans la disponibilité rapide des moyens existants.

Une prise en charge efficace commence avant l’accouchement. Les consultations prénatales permettent de détecter l’hypertension, l’anémie, certaines infections, le diabète gestationnel et d’autres facteurs susceptibles de compliquer la grossesse.

Femmes enceintes participant à une séance d’activité physique adaptée
Le suivi prénatal aide à détecter précocement l’hypertension, l’anémie, les infections et d’autres complications. Photo d’illustration — Pexels / Image libre de droit.

Pendant l’accouchement, la présence de professionnels qualifiés améliore les chances d’identifier rapidement une hémorragie, une souffrance fœtale ou un travail qui n’évolue pas normalement.

Les établissements doivent également disposer de médicaments essentiels, de sang sécurisé, d’antibiotiques, d’une salle d’opération et de moyens d’évacuation.

La période qui suit la naissance reste tout aussi importante. Certaines complications apparaissent plusieurs heures ou plusieurs jours après le retour à domicile. Une surveillance postnatale et la possibilité de rejoindre rapidement un service de santé peuvent alors sauver une vie.

Femme accompagnée pendant le travail dans une chambre de maternité
La présence de professionnels qualifiés et l’accès rapide aux soins d’urgence peuvent prévenir une grande partie des décès maternels. Photo d’illustration — Pexels / Image libre de droit.

Dans de nombreuses régions, une femme doit parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour atteindre une maternité. Les routes peuvent être impraticables, le transport trop coûteux et les établissements insuffisamment équipés.

Les spécialistes décrivent souvent trois retards déterminants : celui pris avant de décider de demander de l’aide, celui rencontré pour rejoindre un centre de soins et celui subi avant de recevoir un traitement adapté une fois sur place.

Même lorsqu’un établissement existe, il peut manquer de sages-femmes, de médecins, de médicaments, d’électricité ou de produits sanguins. L’accès théorique à un centre de santé ne garantit donc pas toujours l’accès à des soins réellement capables de gérer une urgence obstétricale.

La pauvreté, les inégalités entre les sexes, les mariages précoces et le manque d’autonomie financière peuvent également empêcher une femme de décider seule de consulter ou de payer son déplacement.

La situation s’est néanmoins améliorée. Entre 2000 et 2023, le ratio mondial de mortalité maternelle a diminué d’environ 40 %. Cette progression est largement attribuée à une meilleure couverture des services essentiels, à la présence accrue de professionnels qualifiés lors des naissances et à l’amélioration de certaines infrastructures sanitaires.

Les femmes ont aujourd’hui de meilleures chances de survivre à une grossesse et à un accouchement qu’au début du siècle. Pour la première fois, aucun pays n’était classé en 2023 dans la catégorie présentant un ratio « extrêmement élevé » de mortalité maternelle.

Mais cette évolution mondiale masque des situations très différentes. Certains pays ont réalisé des progrès rapides, tandis que d’autres ont stagné ou connu des reculs, notamment pendant les crises sanitaires et humanitaires.

Le rythme d’amélioration a par ailleurs considérablement ralenti depuis 2016. La pandémie de COVID-19 a temporairement aggravé la situation en perturbant les consultations, les accouchements assistés, les transports sanitaires et les chaînes d’approvisionnement.

L’objectif de développement durable des Nations Unies prévoit de ramener le ratio mondial sous les 70 décès pour 100 000 naissances vivantes d’ici 2030. Or il atteignait encore 197 en 2023.

Pour respecter cet engagement, le rythme annuel de réduction devrait atteindre environ 14,8 % entre 2024 et 2030, un niveau très supérieur aux progrès observés historiquement. Les Nations Unies estiment que près de 700 000 décès maternels devront être évités pendant cette période pour atteindre la cible.

Les réductions des budgets consacrés à l’aide internationale font également craindre de nouveaux reculs. Elles peuvent entraîner la fermeture de centres, le départ de personnels qualifiés et des pénuries de médicaments indispensables contre les hémorragies, la prééclampsie ou le paludisme.

Réduire la mortalité maternelle suppose de renforcer l’ensemble du parcours de soins : contraception et planification familiale, consultations prénatales, accouchement assisté, chirurgie d’urgence, transfusion sanguine et suivi postnatal.

Cela demande aussi de mieux rémunérer et former les sages-femmes, d’améliorer les transports sanitaires et de rendre les soins accessibles financièrement, y compris dans les zones rurales et les situations de crise.

Le chiffre de 260 000 décès ne signifie pas que la grossesse serait inévitablement dangereuse. Il révèle plutôt que les chances de survie d’une femme dépendent encore trop souvent de son lieu de naissance, de ses revenus et de la solidité du système de santé qui l’entoure.

La médecine dispose déjà de nombreux moyens capables d’éviter ces morts. Le défi mondial consiste désormais à faire en sorte qu’ils soient disponibles pour chaque femme, au bon endroit et surtout au bon moment.

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Pour aller plus loin

Sources et références

  1. Mortalité maternelle — principaux faits et estimations 2023Organisation mondiale de la Santé
  2. Trends in maternal mortality 2000 to 2023OMS, UNICEF, UNFPA, Banque mondiale et Nations Unies
  3. Principales causes mondiales des décès maternelsOrganisation mondiale de la Santé
  4. Objectif de développement durable 3 — Santé et bien-êtreOrganisation des Nations Unies
  5. Les réductions de l’aide menacent les progrès contre la mortalité maternelleOrganisation mondiale de la Santé

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